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Le microbiote intestinal abrite plusieurs centaines d'espèces bactériennes, dont certaines occupent une place particulière dans la littérature scientifique. Lactobacillus gasseri en fait partie. Cette bactérie, présente naturellement chez l'être humain dès les premiers jours de la vie, suscite depuis plusieurs décennies un intérêt croissant de la recherche, en particulier pour ses interactions avec le système immunitaire et la sphère digestive. Plus récemment, ses avantages pour le contrôle de poids et la réduction de la graisse abdominale l'ont propulsé au rang de "probiotique minceur".
Avant d'aborder ses applications en supplémentation, il convient de comprendre ce qu'est réellement cette bactérie lactique, quel est son rôle dans l'organisme et par quels mécanismes elle agit.
Quels sont les rôles de L-gasseri dans l'organisme ?
Une bactérie probiotique naturellement présente dans l'organisme
Lactobacillus gasseri appartient à la famille des Lactobacillaceae, un vaste groupe de bactéries lactiques regroupant plusieurs genres dont le genre Lactobacillus. L'espèce a été formellement décrite en 1980 par Lauer et Kandler, sur la base d'une hybridation ayant permis de la distinguer de Lactobacillus acidophilus, dont elle ne pouvait jusque-là être différenciée par les méthodes phénotypiques classiques [1]. Le nom de cette espèce rend hommage à Francis Gasser, bactériologiste français de l'Institut Pasteur, dont les travaux antérieurs avaient mis en évidence l'existence de sous-groupes distincts au sein du complexe L. acidophilus [2].
Cette bactérie anaérobie colonise plusieurs muqueuses du corps humain, dont la cavité buccale, le tube digestif et la flore vaginale [2]. Une revue de référence parue dans FEMS Microbiology Reviews souligne que L. gasseri figure parmi les espèces les plus représentatives du microbiote vaginal et intestinal des personnes en bonne santé, et que la juste identification de la souche utilisée est essentielle, les bénéfices probiotiques étant strictement spécifiques à chaque souche [2].
Parmi les caractéristiques qui rendent cette bactérie intéressante en tant que probiotique figure sa capacité à résister aux conditions hostiles du tube digestif. Le passage gastrique constitue en effet une épreuve redoutable pour la plupart des micro-organismes ingérés, le pH de l'estomac avoisinant 2. Les souches qui survivent à cette acidité extrême doivent ensuite affronter l'intestin grêle, où les sels biliaires sécrétés par le foie exercent une action détergente capable de détruire la membrane d'une grande partie des bactéries restantes. L-gasseri figure parmi les espèces capables de tolérer ce double obstacle, ce qui lui permet d'atteindre le côlon en quantité suffisante pour s'implanter, au moins de façon transitoire, dans la flore intestinale.
Les propriétés uniques de cette bactérie lactique reposent aussi sur son métabolisme. L-gasseri pratique une fermentation principalement homofermentaire des glucides, produisant majoritairement de l'acide lactique. Ce métabolisme limite la production de gaz, contrairement à certaines souches hétérofermentaires davantage associées à des ballonnements. La bactérie produit également des composés antimicrobiens qui contribuent à inhiber la croissance de micro-organismes pathogènes dans son environnement immédiat.
Quelques repères permettent de situer L. gasseri parmi les autres souches probiotiques les plus utilisées en compléments alimentaires :
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Souche probiotique |
Famille |
Localisation principale |
Applications les plus documentées |
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Lactobacillus gasseri (SBT2055, BNR17, CNCM I-5076) |
Lactobacillaceae |
Intestin, vagin, cavité buccale |
Gestion du poids, immunité, flore vaginale |
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Lactobacillus acidophilus |
Lactobacillaceae |
Intestin grêle, vagin |
Équilibre de la flore intestinale, digestion du lactose |
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Lactobacillus rhamnosus |
Lactobacillaceae |
Intestin, vagin |
Immunité, prévention des troubles digestifs |
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Bifidobacterium lactis |
Bifidobacteriaceae |
Côlon |
Confort digestif, transit |
La modulation du système immunitaire
L'intestin grêle abrite une part considérable des cellules immunitaires de l'organisme, organisées notamment autour des plaques de Peyer, situées dans la portion terminale de l'intestin grêle. Ces tissus contiennent des cellules spécialisées dans la capture d'antigènes, ce qui en fait un point de contact privilégié entre le microbiote et le système immunitaire de l'hôte.
Des travaux in vitro menés sur des cultures cellulaires ont montré que la souche L. gasseri ATCC 33323 peut interagir directement avec les récepteurs présents à la surface des macrophages, déclenchant une cascade de signalisation pouvant moduler la réponse immunitaire innée [2]. Au niveau cellulaire, plusieurs travaux compilés dans cette revue suggèrent que certaines souches de L-gasseri stimuleraient la prolifération de lymphocytes T et favoriseraient la production de cytokines, traduisant une activation de la réponse immune cellulaire [2].
Un autre axe de recherche concerne la régulation de l'équilibre entre les lignées lymphocytaires Th1 et Th2. Cet équilibre joue un rôle dans les mécanismes à l'origine des réactions allergiques, et certains travaux suggèrent qu'une supplémentation en L-gasseri pourrait contribuer à moduler cette balance, ce qui ouvre une piste de réflexion sur un éventuel soutien dans le contexte des terrains allergiques, sans que cela constitue à ce jour une indication thérapeutique validée par l'EFSA.
Des travaux japonais menés par Miyazawa, Kawase, Harata G et leurs collègues ont exploré l'impact de cette bactérie lactique sur l'immunité des personnes âgées, à travers un essai clinique randomisé en double aveugle contre placebo portant sur une souche inactivée par la chaleur [10]. Les résultats ont montré un renforcement mesurable des marqueurs immunitaires chez les sujets âgés supplémentés, suggérant que les bénéfices de L-gasseri sur le bien-être pourraient s'étendre au-delà de la sphère digestive et métabolique, jusqu'au soutien des défenses naturelles dans une population particulièrement vulnérable aux infections [10]. Ces convergences entre les équipes coréennes et japonaises, portant sur des souches et des objectifs différents, renforcent la cohérence scientifique globale entourant cette espèce probiotique et illustrent la diversité des pistes de recherche actuellement explorées autour du génome de L-gasseri.
Plusieurs effets associés à la modulation immunitaire de L. gasseri sont rapportés dans la littérature :
- Une stimulation potentielle de la prolifération de certaines populations lymphocytaires,
- Une interaction avec les récepteurs immunitaires de type Toll au niveau des macrophages,
- Une régulation possible de l'équilibre Th1/Th2 impliqué dans les réactions allergiques,
- Une contribution à la barrière immunitaire intestinale via les plaques de Peyer.
L'équilibre de la santé digestive
Au-delà de son rôle immunitaire, L. gasseri intervient directement dans l'écosystème du tube digestif. Une fois implantée, la bactérie participe à la compétition pour les nutriments et les sites d'adhésion sur la paroi intestinale, ce qui limite mécaniquement la prolifération de micro-organismes pathogènes. Cette inhibition compétitive, associée à la production d'acide lactique qui abaisse localement le pH, crée un environnement défavorable à de nombreux germes opportunistes.
Le rôle de cette bactérie dans la digestion des graisses constitue l'un des mécanismes les plus étudiés. Lorsque les graisses alimentaires arrivent dans le duodénum, elles rencontrent les sels biliaires sécrétés par le foie, qui les émulsionnent en micelles pour faciliter l'action de la lipase pancréatique et permettre l'absorption intestinale des lipides. La revue de Selle et Klaenhammer rapporte qu'un mécanisme proposé pour expliquer l'effet de L. gasseri sur l'adiposité serait une interférence avec la formation de ces micelles biliaires, ce qui réduirait l'efficacité de l'hydrolyse lipidique et donc l'absorption d'une partie des graisses ingérées [2]. Cette interaction avec les sels biliaires illustre le lien étroit entre la bactérie et le métabolisme hépatique, le foie restant l'organe producteur de la bile nécessaire à la digestion lipidique.
Sur le plan du confort digestif au quotidien, plusieurs souches de L. gasseri auraient également un effet régulateur sur la fermentation des fibres alimentaires dans le côlon, ce qui pourrait limiter la production excessive d'hydrogène et de méthane responsable des ballonnements et des gaz chez certaines personnes sensibles. Ce probiotique favoriserait par ailleurs la motilité intestinale et une meilleure hydratation des selles, en lien avec la production d'acides gras à chaîne courte issus de la fermentation bactérienne.
Un soutien pour l'équilibre intime féminin
La colonisation vaginale par L-gasseri joue également un rôle protecteur documenté. Des travaux publiés dans Scientific Reports ont caractérisé une souche de L. gasseri isolée de sécrétions vaginales, capable d'inhiber la croissance de pathogènes avec des taux d'inhibition supérieurs à 99 % en coculture [3]. Cette même étude a montré que la souche inhibait également l'adhésion de ces pathogènes aux cellules épithéliales vaginales [3].
Quels sont les bienfaits des suppléments de Lactobacillus gasseri ?
Le probiotique minceur plébiscité par la science
Parmi toutes les souches probiotiques étudiées en lien avec le métabolisme énergétique, Lactobacillus gasseri occupe une position singulière, notamment grâce à des travaux menés sur la souche SBT2055. L'étude de référence sur ce sujet est celle de Kadooka et collaborateurs, publiée en 2010 dans l'European Journal of Clinical Nutrition. Il s'agissait d'un essai clinique mené sur 87 adultes présentant un indice de masse corporelle élevé, ainsi qu'une surface de graisse viscérale abdominale importante, randomisés pour recevoir soit du lait fermenté contenant la souche LG2055, soit un lait fermenté témoin, sur une période de douze semaines [4]. La surface de graisse abdominale a été mesurée par tomodensitométrie.
Les résultats ont montré que dans le groupe ayant consommé le lait fermenté actif, les surfaces de graisse viscérale et sous-cutanée abdominales ont diminué de façon significative par rapport aux valeurs de départ, avec une réduction moyenne de 4,6 % pour la graisse viscérale et de 3,3 % pour la graisse sous-cutanée [4]. Ces résultats, bien que modestes en valeur absolue, ont eu un retentissement important dans la communauté scientifique car ils documentaient pour la première fois, par imagerie objective, un effet mesurable d'une souche probiotique unique sur la graisse viscérale chez l'humain.
D'autres travaux sont venus enrichir cette base de données, notamment concernant une seconde souche, BNR17, isolée à l'origine du lait maternel humain. Un essai randomisé en double aveugle contre placebo publié dans le Korean Journal of Family Medicine a été mené sur des adultes en surpoids ou obèses présentant également une glycémie à jeun élevée. Pendant douze semaines, les paramètres de composition corporelle ont été suivis par tomodensitométrie aux semaines 4, 8 et 12, sans modification du régime alimentaire ni de l'activité physique habituelle des participants [5].
Le mécanisme d'action sous-jacent à ces effets reste partiellement élucidé. Plusieurs hypothèses scientifiques sont avancées, sans qu'aucune ne fasse à ce jour consensus exclusif.
Une méta-analyse comparative publiée dans Microbial Pathogenesis et portant sur l'effet de différentes espèces de Lactobacillus sur la prise de poids chez l'humain et l'animal a souligné que les effets observés varient fortement selon les espèces et les souches étudiées, certaines étant associées à une prise de poids et d'autres, comme L. gasseri, à une tendance inverse [6]. Cette hétérogénéité illustre l'importance de ne jamais généraliser les résultats obtenus avec une souche précise à l'ensemble de l'espèce.
Au-delà de l'étude de Kadooka, d'autres travaux scientifiques sont venus consolider la base de preuves disponible sur le génome de Lactobacillus gasseri et ses applications pour le bien-être métabolique. Une étude menée par Kim, Yun, Kim, Kwon et Cho, publiée dans le Journal of Medicinal Food, a évalué les effets antiobésité de la souche BNR17 chez l'Humain dans le cadre d'un essai randomisé en double aveugle contrôlé contre placebo [9]. Quatre-vingt-dix volontaires âgés de 20 à 75 ans, présentant un indice de masse corporelle compris entre 25 et 35 kg/m², ont reçu pendant douze semaines soit un placebo, soit une dose faible, soit une dose élevée de la souche. Jae Moon Yun, Mi Kyung Kim, Oran Kwon et Belong Cho, signataires de cette étude, ont observé une diminution significative de la graisse viscérale dans le groupe ayant reçu la dose la plus élevée par rapport au groupe placebo [9], confirmant chez l'humain des résultats déjà obtenus chez l'animal :
- Une réduction de l'absorption intestinale des lipides via une modification de la taille des micelles formées avec les sels biliaires,
- Une influence sur le métabolisme lipidique et la régulation des gènes impliqués dans le stockage des graisses,
- Une modification du profil du microbiote intestinal en faveur de populations bactériennes associées à un métabolisme plus favorable,
- Une possible action sur la production de composés lipidiques étudiés pour leur rôle dans la réduction de la taille des adipocytes.
Des avis convergents des utilisateurs sur la perte de poids
Au-delà des essais cliniques contrôlés, il existe une convergence intéressante entre les retours d'expérience rapportés par les utilisateurs de compléments à base de L-gasseri et les tendances observées dans la littérature scientifique. De nombreux consommateurs rapportent une sensation de satiété facilitée, un confort digestif amélioré et, pour certains, une évolution favorable du tour de taille après plusieurs semaines de cure régulière.
Il est également intéressant de noter que les utilisateurs rapportant les meilleurs résultats sont généralement ceux qui associent la prise du probiotique à une alimentation riche en fibres prébiotiques et à une hygiène de vie globale favorable.
Posologie : comment prendre Lactobacillus gasseri ?
Quel est le dosage recommandé pour Lactobacillus gasseri ?
Le dosage d'un probiotique ne s'exprime pas en milligrammes mais en unités formant colonie, ou UFC, qui correspondent au nombre de bactéries vivantes et viables contenues dans une dose. Pour Lactobacillus gasseri, les essais cliniques ayant démontré des effets sur la composition corporelle ont généralement utilisé des quantités quotidiennes comprises entre 10 et 20 milliards d'UFC [4, 5], bien que certains compléments du marché proposent des dosages plus élevés.
Dans la pratique, la quantité adéquate dépend largement de la souche utilisée et de l'objectif recherché. Pour un usage général de soutien de la flore intestinale, une dose de 1 à 10 milliards d'UFC par jour est généralement considérée comme suffisante. Pour les usages plus spécifiques étudiés dans la littérature, notamment sur la composition corporelle, les protocoles cliniques se situent davantage dans la fourchette de 10 à 20 milliards d'UFC par jour, répartis en une ou deux prises selon les formulations.
Un tableau de synthèse permet de visualiser les recommandations usuelles selon les objectifs :
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Objectif visé |
Dosage quotidien usuel |
Durée de cure habituelle |
|
Soutien général de la flore intestinale |
1 à 10 milliards d'UFC |
4 à 8 semaines |
|
Confort digestif et transit |
10 milliards d'UFC |
8 à 12 semaines |
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Accompagnement de la gestion du poids (souches type SBT2055) |
10 à 20 milliards d'UFC |
8 à 12 semaines minimum |
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Soutien immunitaire |
10 à 15 milliards d'UFC |
Cure de plusieurs semaines à renouveler |
Au-delà du nombre brut d'UFC, plusieurs critères de qualité influencent l'efficacité réelle d'un complément. La souche doit être précisément identifiée et caractérisée, idéalement déposée dans une collection nationale de référence comme le CNCM à l'Institut Pasteur, ce qui garantit la traçabilité génétique du produit. La galénique joue également un rôle déterminant, les gélules gastro-résistantes permettant de protéger les bactéries de l'acidité gastrique pour qu'elles parviennent vivantes jusqu'à l'intestin grêle puis le côlon [2].
Il n'existe pas, à ce jour, de dose journalière maximale officiellement établie par les autorités sanitaires européennes pour ce probiotique. Par précaution, et conformément aux recommandations de l'ANSES sur les compléments alimentaires, il est généralement préconisé de ne pas dépasser les doses indiquées par le fabricant, et de solliciter l'avis d'un professionnel de santé en cas d'usage prolongé au-delà de trois mois, en l'absence de données suffisantes sur la sécurité à très long terme.
Quand prendre des gélules de L-gasseri ?
Le moment de la prise influence directement la survie des bactéries jusqu'à leur site d'action intestinal. La recommandation la plus fréquemment formulée consiste à prendre les gélules de L. gasseri le matin à jeun, environ quinze à trente minutes avant le petit-déjeuner, accompagnées d'un grand verre d'eau. À ce moment de la journée, l'acidité gastrique est généralement moins concentrée qu'après un repas, ce qui favorise la survie des micro-organismes lors du passage dans l'estomac.
Pour les personnes présentant une sensibilité digestive particulière, certains protocoles préconisent au contraire une prise au cours d'un repas, ce qui peut limiter l'apparition d'éventuels inconforts digestifs transitoires en début de cure. Dans tous les cas, la régularité de la prise quotidienne, à heure fixe, semble être un facteur plus déterminant pour l'efficacité que le choix précis entre prise à jeun ou pendant le repas.
Questions fréquentes sur le probiotique L-gasseri
Quelle est la meilleure marque de Lactobacillus gasseri et où l'acheter ?
Le choix d'un complément de qualité dépend de plusieurs critères objectifs plutôt que d'une marque en particulier. Le premier élément à vérifier est l'identification précise de la souche utilisée. Cette précision est importante car, comme évoqué précédemment, les effets documentés dans les études cliniques sont propres à des souches spécifiques et ne peuvent pas être extrapolés à l'ensemble de l'espèce.
Le second critère concerne le dosage en UFC garanti jusqu'à la date de durabilité minimale du produit, et non uniquement au moment de la fabrication, car la viabilité bactérienne décroît naturellement avec le temps. La forme galénique mérite également une attention particulière, les gélules gastro-résistantes offrant une meilleure protection contre l'acidité gastrique que les formes standards. Enfin, la traçabilité de la souche, notamment via un dépôt dans une collection officielle comme le CNCM de l'Institut Pasteur, constitue un gage de sérieux et de stabilité génétique du produit d'un lot à l'autre.
Existe-t-il des dangers ou effets secondaires liés à l'utilisation de L-gasseri ?
Lactobacillus gasseri bénéficie d'un statut considéré comme sûr par les autorités sanitaires, et figure notamment sur la liste des espèces microbiennes faisant l'objet d'une présomption qualifiée de sécurité par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), ce qui reflète un historique d'utilisation favorable dans l'industrie agroalimentaire [7].
Les effets indésirables les plus fréquemment rapportés sont d'ordre digestif et transitoire, à savoir ballonnements légers, gaz ou inconfort abdominal en début de cure, qui disparaissent en l'espace de quelques jours, le temps que la flore intestinale s'adapte à la nouvelle souche. Des réactions allergiques restent théoriquement possibles, bien qu'exceptionnelles, notamment chez les personnes présentant une sensibilité aux protéines de lait dans le cas de certaines formulations issues de produits laitiers fermentés.
Certaines précautions d'emploi méritent d'être respectées, conformément aux recommandations générales de l'ANSES sur les probiotiques en complémentation alimentaire :
- La supplémentation est généralement déconseillée chez les personnes immunodéprimées ou sous traitement immunosuppresseur, par mesure de prudence face au risque théorique de translocation bactérienne.
- Elle est également déconseillée chez le nouveau-né et le nourrisson sans avis médical préalable.
- Chez la femme enceinte ou allaitante, l'avis d'un professionnel de santé est recommandé avant toute prise.
- En cas de pathologie digestive chronique ou de traitement médicamenteux en cours, il est préférable de solliciter un avis médical avant de débuter une cure.
Peut-on trouver du L-gasseri dans les aliments courants ?
Contrairement à certaines souches probiotiques largement présentes dans l'alimentation fermentée traditionnelle, Lactobacillus gasseri est relativement peu représenté en quantité significative dans les aliments du quotidien. Il est naturellement présent dans le lait maternel humain, ce qui explique en partie son rôle dans la colonisation précoce du microbiote du nourrisson [2]. On le retrouve également, mais de façon variable et non garantie, dans certains produits laitiers fermentés traditionnels comme certains fromages affinés ou yaourts artisanaux, ainsi que dans des aliments fermentés d'origine variée comme le kimchi, le miso, le tempeh ou certaines charcuteries fermentées.
Pour les personnes souhaitant bénéficier d'un apport fiable et quantifié en L. gasseri, la voie du complément alimentaire reste donc la solution la plus reproductible, dans la mesure où elle permet de connaître précisément la souche et le nombre d'UFC ingérés, contrairement à une alimentation fermentée dont la composition microbiologique varie fortement selon l'origine et le mode de fabrication.
L-gasseri est-il efficace pour lutter contre la constipation ?
Plusieurs souches de L. gasseri sont associées, dans la littérature, à une amélioration de la motilité colique et à une meilleure hydratation des selles, notamment grâce à la production d'acides gras à chaîne courte issus de la fermentation des fibres alimentaires dans le côlon. Ce mécanisme pourrait contribuer à favoriser la régularité du transit chez certaines personnes.
Cependant, il faut souligner une certaine ambivalence dans les données disponibles. Si certains travaux évoquent un effet favorable sur la régularité du transit, la constipation figure également parmi les effets secondaires occasionnels possibles de la supplémentation en probiotiques, aux côtés des ballonnements et des flatulences. Cette apparente contradiction s'explique probablement par la variabilité individuelle de réponse du microbiote, ainsi que par les différences entre souches étudiées, certaines favorisant davantage la production de gaz que d'autres selon leur profil fermentaire homofermentaire ou hétérofermentaire.
En pratique, L. gasseri ne peut pas être présenté comme un traitement validé de la constipation au sens réglementaire du terme, aucune allégation santé de ce type n'étant à ce jour autorisée par l'EFSA pour cette espèce, à l'exception de la seule allégation relative à la digestion du lactose par d'autres ferments lactiques [8]. Il pourrait néanmoins constituer, chez certaines personnes, un appui complémentaire dans une approche globale du confort digestif, associée à une hydratation suffisante, un apport adapté en fibres et une activité physique régulière, ces trois facteurs restant les leviers de première intention reconnus pour la gestion de la constipation fonctionnelle.
Bibliographie
[1] Lauer E, Kandler O. Lactobacillus gasseri sp. nov., a new species of the subgenus Thermobacterium. Zentralblatt für Bakteriologie: I. Abt. Originale C. 1980;1:75-78.
[2] Selle K, Klaenhammer TR. Genomic and phenotypic evidence for probiotic influences of Lactobacillus gasseri on human health. FEMS Microbiology Reviews. 2013;37(6):915-935. https://doi.org/10.1093/1574-6976.12021
[3] Characterization of a Lactobacillus gasseri strain as a probiotic for female vaginitis. Scientific Reports. 2024;14:14426. https://www.nature.com/articles/s41598-024-65550-y
[4] Kadooka Y, Sato M, Imaizumi K, Ogawa A, Ikuyama K, Akai Y, Okano M, Kagoshima M, Tsuchida T. Regulation of abdominal adiposity by probiotics (Lactobacillus gasseri SBT2055) in adults with obese tendencies in a randomized controlled trial. European Journal of Clinical Nutrition. 2010;64(6):636-643. https://doi.org/10.1038/ejcn.2010.19
[5] Jung SP, Lee KM, Kang JH, Yun SI, Park HO, Moon Y, Kim JY. Effect of Lactobacillus gasseri BNR17 on overweight and obese adults: a randomized, double-blind clinical trial. Korean Journal of Family Medicine. 2013;34(2):80-89. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3611107/
[6] Million M, Angelakis E, Paul M, Armougom F, Leibovici L, Raoult D. Comparative meta-analysis of the effect of Lactobacillus species on weight gain in humans and animals. Microbial Pathogenesis. 2012;53(2):100-108. https://doi.org/10.1016/j.micpath.2012.05.007
[7] European Food Safety Authority (EFSA). Qualified Presumption of Safety (QPS) list of microorganisms notified to EFSA. EFSA Journal. Mise à jour périodique. https://www.efsa.europa.eu/en/topics/topic/qualified-presumption-safety-qps
[8] Règlement (CE) n° 1924/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires. Journal officiel de l'Union européenne, L 404, 30.12.2006, p. 9-25. Voir également Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), registre des allégations de santé autorisées et non autorisées. https://www.efsa.europa.eu/en/topics/topic/health-claims
[9] Kim J, Yun JM, Kim MK, Kwon O, Cho B. Lactobacillus gasseri BNR17 supplementation reduces the visceral fat accumulation and waist circumference in obese adults: a randomized, double-blind, placebo-controlled trial. Journal of Medicinal Food. 2018;21(5):454-461. https://doi.org/10.1089/jmf.2017.3937
[10] Miyazawa K, Kawase M, Kubota A, Yoda K, Harata G, Hosoda M, He F. Heat-killed Lactobacillus gasseri can enhance immunity in the elderly in a double-blind, placebo-controlled clinical study. Beneficial Microbes. 2015;6(4):441-449. https://doi.org/10.3920/BM2014.0108
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